Qu'est-ce que l'intelligence émotionnelle ?

Alexandra Verreault
Rédigé par Alexandra Verreault /
Sophie Tremblay
En collaboration avec Sophie Tremblay /

Nous connaissons tous quelqu'un qui semble posséder une sorte de sixième sens pour les émotions.

Cette personne remarque immédiatement lorsqu'un proche est contrarié, trouve les bons mots dans une conversation délicate et arrive à prendre du recul lorsque ses propres émotions deviennent envahissantes.

Depuis une trentaine d’années, les chercheurs s’intéressent de près aux habiletés qui nous permettent de percevoir, de comprendre et de gérer les émotions, notamment à travers un concept appelé l’intelligence émotionnelle. Depuis, le sujet a largement dépassé le milieu de la recherche pour gagner en popularité auprès du grand public, dans les relations interpersonnelles et dans le monde du travail.

On lui attribue aujourd’hui de nombreux bienfaits. La recherche dresse toutefois un portrait plus précis et nuancé que ce que sa popularité pourrait laisser croire.

Dans cet article, découvrez :

Définir l'intelligence émotionnelle

L'intelligence émotionnelle est la capacité à percevoir, à utiliser, à comprendre et à réguler les émotions afin de guider la pensée et l'action. Autrement dit, elle permet de traiter les émotions comme une source d'information : les reconnaître avec précision, comprendre ce qu'elles signifient, les intégrer à notre réflexion et y répondre de façon adaptée.

Cette définition repose sur le modèle des habiletés développé par les psychologues Peter Salovey et John Mayer. Selon cette approche, l'intelligence émotionnelle est un ensemble d'habiletés, et non un trait de personnalité. Elle ne se traduit donc pas nécessairement par une plus grande empathie, de la gentillesse ou une meilleure maturité psychologique.

Il existe toutefois d'autres façons de définir l'intelligence émotionnelle. Certains modèles, comme celui popularisé par Daniel Goleman, incluent notamment la motivation et les compétences sociales. D'autres s'intéressent davantage à la façon dont les personnes perçoivent leurs propres capacités émotionnelles.

Dans cet article, nous nous appuierons principalement sur le modèle des habiletés de Salovey et Mayer, l'un des modèles les plus étudiés dans la recherche scientifique.

Pourquoi parle-t-on d’intelligence émotionnelle ?

Lorsqu'on pense à l'intelligence, on imagine souvent la logique, la mémoire ou la capacité à résoudre des problèmes. Les émotions, elles, sont parfois perçues comme leur opposé : quelque chose de plus instinctif, subjectif, voire irrationnel.

Pourtant, les émotions ne sont pas seulement des réactions automatiques : elles nous fournissent aussi de l'information sur nous-mêmes, sur les autres et sur notre environnement.

C’est cette capacité à raisonner à partir de l'information émotionnelle qui justifie le terme intelligence.

Tout comme les habiletés verbales permettent de comprendre et de raisonner à partir du langage, l’intelligence émotionnelle permet de percevoir, de traiter et d’utiliser l’information contenue dans les émotions.

Les quatre habiletés de l'intelligence émotionnelle

Selon le modèle de Mayer et Salovey, l’intelligence émotionnelle repose sur quatre habiletés : percevoir les émotions, les utiliser pour guider la réflexion, les comprendre et les réguler.

Ces habiletés sont étroitement liées et s'organisent de façon hiérarchique : la perception des émotions constitue notamment une base pour leur compréhension, qui contribue à son tour à leur régulation.

1. Percevoir les émotions

Percevoir les émotions, c’est être capable de les identifier avec précision chez soi et chez les autres.

Chez une autre personne, plusieurs indices peuvent nous aider à reconnaître ce qu’elle ressent : son expression faciale, le ton de sa voix, son rythme de parole, sa posture, son regard ou encore le contexte. Ces indices ne permettent pas de savoir avec certitude, mais ils peuvent nous aider à mieux interpréter la situation.

Cette habileté concerne aussi notre propre expérience. Être capable de distinguer la frustration de la colère, la culpabilité de la honte ou la déception de la colère permet de mieux comprendre ce qui se passe réellement en nous.

On parle alors de précision émotionnelle : plus nous sommes capables de nommer avec justesse ce que nous ressentons, plus l'information dont nous disposons pour comprendre notre expérience est utile.

2. Utiliser les émotions pour guider la réflexion

Les émotions orientent constamment notre manière de penser.

Cette habileté consiste donc à reconnaître cette influence et à s’en servir comme un éclairage supplémentaire.

Selon l'émotion ressentie, notre attention peut se diriger vers certains éléments plutôt que d'autres. Certains souvenirs deviennent plus accessibles, notre créativité peut varier et notre perception des risques se modifier.

L’intelligence émotionnelle ne consiste pas à écarter les émotions, mais à comprendre ce qu’elles apportent à notre réflexion. Une émotion devient alors une source d’information qui peut enrichir notre réflexion, ou nous aider à percevoir des éléments pouvant raffiner nos décisions.

Cela ne signifie pas qu’elle dit toujours vrai. Une émotion reflète aussi notre interprétation d’une situation, influencée par notre histoire, nos attentes ou nos croyances. Elle est informative, mais pas infaillible.

Concrètement, il s’agit de :

  1. Reconnaître l’émotion qui se présente
  2. Observer comment elle influence notre perception
  3. En tenir compte dans notre réflexion, sans la laisser déterminer à elle seule notre conclusion

Par exemple : Je me sens anxieux et cela influence probablement ma façon d’évaluer la situation. Qu’est-ce que cette anxiété m’aide à voir ? Qu’est-ce qu’elle risque de me faire surestimer ?

3. Comprendre les émotions

Comprendre les émotions, c’est être capable d’en saisir les causes, les nuances et la façon dont elles peuvent évoluer.

Les émotions ne sont pas toujours simples ou isolées. Derrière une émotion primaire peuvent se trouver des émotions secondaires, et plusieurs émotions peuvent aussi être ressenties en même temps, même lorsqu’elles semblent contradictoires.

Il est possible d’aimer une personne tout en étant en colère contre elle, de ressentir à la fois de l’enthousiasme et de l’appréhension face à un changement ou encore d’éprouver de la honte d’avoir eu peur.

Cette habileté permet d’aller au-delà de l’émotion ressentie sur le moment pour mieux cerner ce qui l’a déclenchée et la façon dont elle pourrait évoluer. Elle aide ainsi à porter un regard plus nuancé sur nos propres réactions et celles des autres.

4. Réguler les émotions

Réguler une émotion ne signifie pas la supprimer ou rester calme en toutes circonstances. Il s’agit plutôt d’y répondre de façon souple et adaptée à la situation.

Selon le contexte, cela peut vouloir dire modifier la situation, revoir notre interprétation, prendre du recul, demander du soutien ou simplement accepter qu’une émotion désagréable soit présente.

Il n’existe pas une stratégie qui soit toujours la meilleure. Prendre du recul peut être utile dans certaines circonstances, par exemple, mais moins adapté lorsqu’une situation exige une réaction immédiate. L’efficacité d’une stratégie dépend donc de l’émotion, du contexte et de ce que la situation exige de nous.

La régulation émotionnelle repose ainsi moins sur le contrôle des émotions que sur la flexibilité avec laquelle nous y répondons.

Quels sont les bienfaits d’une bonne intelligence émotionnelle ?

Une bonne intelligence émotionnelle est associée à plusieurs indicateurs de bien-être psychologique.

Au quotidien, ces habiletés peuvent notamment nous aider à :

  • Entretenir des relations plus satisfaisantes, en comprenant mieux nos propres réactions et celles des autres.
  • Mieux communiquer, notamment lorsqu’une conversation est délicate ou pour résoudre un conflit.
  • Mieux composer avec les émotions et le stress, en reconnaissant ce que nous ressentons et en adaptant notre réponse à la situation.
  • Favoriser notre bien-être psychologique, en disposant de davantage de ressources pour traverser certaines expériences émotionnellement exigeantes.

Ces bienfaits doivent toutefois être nuancés. Les associations observées dans la recherche sont généralement modestes à modérées : l’intelligence émotionnelle n’explique pas à elle seule la qualité de nos relations, notre bien-être ou notre réussite. Elle représente plutôt une ressource parmi d’autres qui peut nous aider à mieux composer avec les situations émotionnelles du quotidien.

Comment développer son intelligence émotionnelle ?

Développer son intelligence émotionnelle demande surtout de pratiquer les différentes habiletés qui la composent. Il n’existe pas de méthode rapide pour transformer durablement notre façon de composer avec les émotions, mais certaines pratiques peuvent nous aider à mieux les reconnaître, les comprendre et y répondre.

  1. Développez votre vocabulaire émotionnel. Essayez d’aller au-delà de termes généraux comme « bien », « mal » ou « stressé ». Plus vous arrivez à nommer précisément ce que vous ressentez, plus vous disposez d'informations pour comprendre ou réagir de façon adaptée.
  2. Considérez vos émotions comme une source d’information. Demandez-vous ce qu’elles peuvent vous indiquer, tout en gardant à l’esprit qu’elles sont influencées par votre histoire et vos interprétations.
  3. Cultivez votre curiosité envers les émotions des autres. Plutôt que de présumer de ce qu’une personne ressent, observez, écoutez et vérifiez vos impressions lorsque c’est possible. Comprendre les émotions des autres implique aussi d’accepter que notre première interprétation puisse être incomplète.
  4. Prenez l’habitude de réfléchir à vos réactions émotionnelles. Après une situation marquante, demandez-vous ce que vous avez ressenti, ce qui a déclenché cette émotion et comment vous y avez répondu. L’écriture réflexive, les échanges avec des personnes de confiance ou la psychothérapie peuvent également offrir des occasions d’approfondir cette réflexion.

En résumé

Pendant longtemps, les émotions ont été opposées à la raison. Pourtant, elles font partie intégrante de notre façon de comprendre une situation, de prendre des décisions et d’entrer en relation avec les autres.

Développer son intelligence émotionnelle, c’est apprendre à porter un regard plus précis sur les émotions, chez soi comme chez les autres. C’est aussi apprendre à tenir compte de ce qu’elles nous indiquent dans notre façon de penser et d’agir. Ces habiletés peuvent s’affiner avec le temps, au fil de nos expériences et de la réflexion que nous y portons.

Jade peut vous mettre en lien avec un·e professionnel·le de la relation d’aide pour vous accompagner dans ce développement.

Alexandra Verreault
Alexandra Verreault
Psychologue, D. Ps.

Dre Alexandra Verreault est psychologue et spécialiste de produit et de contenu clinique chez Optania. Elle s’appuie sur plus d’une décennie d’expérience en psychothérapie pour contribuer à la conceptualisation, au développement et à la révision d’outils numériques et de contenus destinés aux professionnels de la santé mentale, au milieu de l’éducation et au grand public. Dans sa pratique clinique, elle accompagne principalement des adultes qui vivent des difficultés relationnelles ou traversent des périodes de transition, avec une approche empreinte d’empathie et de bienveillance.

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